ABAA-Rennes : agir pour réduire les émissions d’ammoniac en agriculture
Lancé en 2025, le projet ABAA-Rennes s’inscrit dans la continuité du projet européen LIFE-ABAA. Son objectif : adapter et déployer sur le territoire de Rennes Métropole des solutions concrètes pour réduire les émissions d’ammoniac liées aux pratiques agricoles, notamment lors de l’épandage.
LIFE-ABAA : un projet qui inspire d’autres territoires
Qu’il est encourageant de voir une initiative inspirer de nouveaux territoires ! Après quatre années de travail menées en Bretagne, le projet LIFE-ABAA ouvre la voie à une nouvelle dynamique sur le territoire rennais.
Soutenu par l’Union européenne dans le cadre du programme LIFE, le projet LIFE-ABAA s’est déroulé de 2021 à 2025. Porté par Air Breizh, en partenariat avec les Chambres d’agriculture de Bretagne, il a réuni agriculteurs et scientifiques autour d’un objectif commun : améliorer la qualité de l’air en développant et en testant des pratiques agricoles moins émettrices d’ammoniac.
Cette démarche a permis de développer des outils, des méthodes de mesure et des solutions d’accompagnement destinés à aider les agriculteurs à mieux gérer l’azote présent dans leurs effluents d’élevage.
Les résultats du projet sont à retrouver sur le site dédié :
ABAA-Rennes : poursuivre la démarche sur le territoire rennais
Lancé en 2025, le projet ABAA-Rennes poursuit cette dynamique dans le cadre du Plan de protection de l’atmosphère (PPA), avec le soutien de la DREAL Bretagne et de Rennes Métropole et avec ses partenaires, la Chambre d’agriculture de Bretagne, la FRCUMA de l’ouest et l’association AILE.
Son objectif : réduire les émissions d’ammoniac issues des activités agricoles sur le territoire de Rennes Métropole, en adaptant aux spécificités locales les outils et les méthodes développés dans le cadre de LIFE-ABAA.
Le territoire rennais constitue un terrain d’étude particulièrement intéressant, notamment en raison de la présence de nombreuses unités de méthanisation.
Ces installations transforment des matières organiques, comme les fumiers, les lisiers ou certains déchets alimentaires, en biogaz. Le résidu obtenu, appelé digestat, peut ensuite être valorisé comme fertilisant agricole.
Toutefois, ce digestat contient de l’azote sous forme ammoniacale et présente souvent un pH élevé. Ces caractéristiques peuvent favoriser la volatilisation de l’ammoniac lors du stockage et de l’épandage. Une partie de l’azote peut alors se retrouver dans l’air plutôt que d’être valorisée par les cultures.
L’enjeu est donc de mieux valoriser les digestats, tout en limitant les émissions d’ammoniac dans l’atmosphère.
Plusieurs actions complémentaires pour faire évoluer les pratiques
Méthanis’Air : un collectif d’agriculteurs méthaniseurs engagés
Accompagné par la Chambre d’agriculture de Bretagne, le groupe Méthanis’Air rassemble des agriculteurs méthaniseurs qui travaillent à identifier et à tester des leviers de réduction des émissions d’ammoniac lors de l’épandage.
Pour les accompagner, plusieurs outils issus du projet LIFE-ABAA sont mobilisés :
- La méthode des cadres, pour observer et évaluer les pratiques d’épandage.
- AgrivisioN’air, une application destinée à mieux valoriser les effluents d’élevage.
- Des plateformes de démonstration d’épandage, pour présenter et comparer les techniques et les équipements utilisés sur le terrain.
L’objectif est de proposer aux agriculteurs des solutions concrètes, adaptées à leurs contraintes et à leurs pratiques.

Mieux connaître les équipements d’épandage
Une enquête menée auprès de la Fédération des CUMA Bretagne Ille et de la Fédération EDT Bretagne permettra de recenser les matériels d’épandage réellement utilisés sur le territoire.
Cette connaissance des équipements disponibles contribuera à affiner les inventaires d’émissions d’ammoniac et à mieux identifier les leviers d’action à l’échelle locale.
Méthanisation : comment mieux comprendre les émissions d’ammoniac ?
Un méthaniseur est une installation qui transforme des matières organiques, comme le fumier, le lisier ou certains déchets alimentaires, en biogaz grâce à l’action de micro-organismes en l’absence d’oxygène.
Le biogaz peut être utilisé pour produire de l’énergie, tandis que le digestat restant peut être valorisé comme fertilisant agricole.
Cette valorisation présente un intérêt agronomique et énergétique, mais elle soulève aussi des questions concernant les émissions atmosphériques. En particulier, l’ammoniac peut être libéré lors du stockage ou de l’épandage du digestat.
Les odeurs constituent un autre sujet de vigilance, notamment lors de la manipulation et du transport des matières organiques.
Mesurer les concentrations d’ammoniac dans l’air et caractériser les nuisances olfactives sont donc deux démarches complémentaires pour mieux comprendre les effets de ces installations sur leur environnement. Les mesures permettront de documenter la situation sur les sites étudiés, sans présumer à l’avance du niveau des émissions ni de leur origine exacte.

Mesurer la qualité de l’air sur le terrain
Depuis mars 2025, un analyseur d’ammoniac est installé sur la station Air Breizh de Mordelles.
En parallèle des campagnes de mesures complémentaires et des analyses olfactives ont été lancées à proximité d’unités de méthanisation
En octobre 2026, de nouvelles mesures autour des méthaniseurs
Le projet entre dans une nouvelle phase avec le lancement d’une étude visant à mieux caractériser les concentrations des polluants principaux émis par les activités de méthanisation : l’ammoniac et l’hydrogène sulfuré.
Cette démarche s’appuie sur la réplication du projet AQAMETHA à l’échelle de deux sites.
Des tubes passifs pour mesurer l’ammoniac et l’hydrogène sulfuré dans l’air
Une première campagne de mesures vient d’être lancée sur deux sites, à l’aide de tubes passifs exposés pendant deux semaines.
Ces dispositifs permettent de mesurer les concentrations d’ammoniac dans l’air sur une période donnée. Ils contribueront à mieux documenter les niveaux observés à proximité des installations.
Une seconde campagne est prévue sur ces mêmes sites durant l’été 2027. La comparaison des résultats entre les deux périodes permettra d’étudier les différences éventuelles selon les conditions météo et les pratiques réalisées sur les unités de méthanisation.



Un diagnostic olfactif les 8 et 9 octobre
Les 8 et 9 octobre 2026, l’équipe des « Nez » d’Air Breizh, en collaboration avec Osmanthe, a engagé une campagne de diagnostic olfactif de ces deux unités de méthanisation situées sur le territoire de Rennes Métropole.
L’objectif est de cartographier les éventuelles nuisances olfactives associées à l’activité des installations et de mieux comprendre leur répartition dans l’environnement.
Cette approche vient compléter les mesures d’ammoniac : une odeur ne permet pas, à elle seule, de déterminer la concentration d’un polluant, tandis qu’une mesure de concentration ne suffit pas à caractériser la gêne olfactive ressentie.
Cette analyse s’est déroulée en suivant le protocole développé dans le projet AQAMETHA qui prenait, lui-même la suite du projet EPIQUE-FM mené par Air Pays de La Loire. Il est réalisé à l’aide d’un référentiel propre à la méthanisation.
Cela a constitué à l’analyse d’une 20aine de points d’olfaction au sein de l’unité de méthanisation mais également de quelques points d’olfaction dans l’environnement autour de l’unité de méthanisation. Au préalable, un échange avec l’exploitant a permis de connaître les caractéristiques de son unité (les types d’intrants et les quantités, les activités routinières, les activités particulières à la journée de diagnostic, …).
Lors de ces deux journées, les exploitants ont pris le temps d’échanger sur leurs pratiques avec l’équipe et les ont accueillis chaleureusement.






Des résultats attendus en 2027
Les résultats des différentes campagnes de mesure et du diagnostic olfactif sont attendus en 2027. Ils permettront d’apporter des éléments de compréhension supplémentaires aux agriculteurs, aux acteurs locaux et aux réseaux techniques.
L’objectif sera notamment de mieux documenter les concentrations d’ammoniac et d’hydrigène sulfuré observées à proximité des unités étudiées, de caractériser les éventuelles nuisances olfactives et d’identifier des pistes d’amélioration adaptées aux pratiques agricoles.
En prolongeant les travaux de LIFE-ABAA sur le territoire rennais, ABAA-Rennes illustre l’intérêt d’une démarche collective associant agriculteurs, experts de la qualité de l’air et partenaires techniques.
Sensibiliser et partager les résultats
Le projet prévoit également de diffuser les résultats et de sensibiliser les agriculteurs ainsi que les réseaux techniques bretons.
Les équipes partenaires ont participé à plusieurs rendez-vous agricoles majeurs pour présenter les enjeux liés à la gestion de l’azote et à la réduction des émissions d’ammoniac.
- SPACE, à Rennes, du 15 au 17 septembre : un atelier intitulé « Digestat : comment bien le valoriser ? » a été organisé sur le stand de GRDF.
- Salon La Terre est Notre Métier, à Retiers, les 23 et 24 septembre : l’atelier « L’azote s’envole : comment le garder au champ ? » a été proposé au pôle Climat, eau et biodiversité.
- Méca-Écoles, à Guer, le 1er octobre : l’atelier « Bien épandre, ça change l’air ! » a permis de sensibiliser plus de 700 étudiants issus de plusieurs établissements bretons.
Au travers de ces trois ateliers, les participants ont pu découvrir des leviers concrets pour mieux valoriser l’azote des effluents d’élevage et des digestats, tout en limitant les pertes dans l’air.



Mieux mesurer, mieux comprendre et mieux valoriser l’azote : autant de leviers pour faire progresser les pratiques agricoles et contribuer à l’amélioration de la qualité de l’air en Bretagne.
